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Spéculation(s) sur Google

85 dollars en Août 2004, 293 dollars hier (7 juin 2005) et selon certains experts bientôt 350 dollars. Il s’agit du prix de l’action Google sur lequel revient cet article de zdnet. Cette capitalisation est aujourd’hui déjà 25 fois supérieure à son chiffre d’affaire pour 2004. Si la bulle Internet a bel et bien explosée

il semble que celle de Google soit moins savonneuse.
Au-delà des chiffres (vertigineux) cette bulle spéculative qui place le
moteur loin devant "Time Warner" ou "Disney" (toujours d’après zdnet)
devient alarmante en termes d’écologie culturelle et politique : dans une société
(occidentale) où l’économie de l’immatériel (ou de la connaissance) est
désormais bien ancrée, une telle main-mise d’un seul acteur faisant
montre d’une  telle politique d’entrisme sur un certain nombre de biens
culturels (numérisation d’ouvrages de bibliothèques, Google Print,
Google Scholar, etc.) rend de facto caduque toute tentative de
répondre "à l’échelle" sur la base de seuls arguments technologiques, y
compris en mobilisant toutes les bibliothèques européennes.
La seule réponse à Google est désormais POLITIQUE. Quels que soient
leurs algorithmes, leur valeur ajoutée (cartographie ou clustering), la
taille de leur base d’index, AUCUN moteur ne peut plus rivaliser avec
Google autrement que de manière anecdotique ou pour des usages
confidentiels***. Ceux qui, comme JN Jeanneney, mettent en avant un
risque potentiel de surreprésentation de la culture américaine se
trompent (à mon avis) lourdement car il y a belle lurette que Google a
cessé d’être une société américaine pour devenir une authentique
multinationale dont les seules frontières sont numériques.
C’est donc au niveau politique, probablement européen mais plus
surement mondial, qu’il est urgent de mettre en place une charte
raisonnée des accès et des usages informationnels.
Le modèle économique à déjà digéré nombre des aspects d’un modèle
bibliothéconomique pourtant lourd et riche de sens et d’histoire, ce
dernier ayant pendant des siècles régulé nos modes d’accès et
d’organisation aux connaissances.
Aujourd’hui c’est le modèle marchand qui met en péril le modèle encyclopédique.
Même les modèles les plus ouverts et les plus collaboratifs dont a su
faire preuve Internet sont désormais obligés de quémander l’aide de ces
sociétés marchandes, témoin le récent "appel" de Wikipedia ne pouvant
plus faire face au volume d’information traité et aux accès demandés
qui se tourne alors vers Google et Yahoo. Pour l’instant la morale est
sauve, des partenariats sont annoncés comme laissant à wikipedia sa
spécificité et l’exemptant de bannières publicitaires. Pour l’instant,
pour chaque exemplaire d’ouvrage numérisé, un second est remis aux
bibliothèques  le possédant. Mais qui peut croire que l’internaute
Lambda ira sur le site de la bibliothèque "x" ou "y" pour consulter un
ouvrage, si le même ouvrage est aussi dans Google et même s’il faut
pour cela un jour (ce n’est pas le cas pour l’instant) procéder à un
micro-paiement ?
Larry Page et Serguei Brin ne sont pas  Diderot et d’Alembert. Wall
Street n’est pas le Mundaneum. Internet n’est pas Google mais le web le
devient.

**lesquels usages confidentiels n’en demeurent pas moins déterminants
et essentiels pour certaines communautés (chercheurs, étudiants,
bibliothécaires …)

OE


OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
urfistinfo (9 juin 2005). Spéculation(s) sur Google. UrfistInfo. Consulté le 15 juillet 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/v3x8


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2 réponses

  1. Merci pour ce billet qui a le mérite de poser les bonnes questions par rapport à l’enjeu que représente le monopole que met en place actuellement Google sur l’accès à notre information. Il est rassurant de voir que certains professionnels de l’information tirent la sonnette d’alarme, avant d’en arriver à la situation dans laquelle nous nous trouvons avec Microsoft. Sans pour autant vouloir diaboliser Google, qui propose quelques-uns des meilleurs outils actuellement, il ne faut pas oublier que la loi du marché est toujours présente…

  2. Merci Gautier pour ce commentaire. C’est vrai qu’il est difficile, notamment lors de formations, de trouver le bon niveau de discours sur Google entre les aspects cités par ce billet et ce que vous signalez, à savoir qu’il demeure objectivement à ce jour le meilleur outil de recherche d’information sur le web et celui doté de la plus grande capacité d’innovation.
    Seule certitude, Brin et Page sont des malins ;-)

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