La guerre technologique des moteurs n’est pas terminée
"La guerre technologique des moteurs est terminée".
Voila ce que François Bourdoncle, PDG d’Exalead affirme dans une entrevue au journal 01.net .
L’argument mis en avant dans cette (très courte) entrevue est que "Globalement, en termes de qualité des résultats, on ne fera pas mieux.[que le ranking de Google]"
Et que les moteurs sont maintenant passés dans une "logique produit, où il faut d’abord simplifier la vie de l’utilisateur." Dont acte.
Et l’interface d’Exalead va bien dans ce sens, même si
(ces propos n’engagent que moi) elle se destine davantage à des
utilisateurs avancés ou à des applications d’entreprise, seuls à
pouvoir tirer bénéfice des (trop ?) nombreuses possiblités de
catégorisation et autres "vues" ou "filtres" possibles sur les
résultats, l’internaute "moyen" se contentant d’envoyer des requêtes
mono ou bi-termes et de lire les 5 ou 6 premiers résultats avant de
reformuler la requête initiale.
Rappelons pour mémoire qu’Exalead (dont le PDG s’était à l’époque
illustré en mettant au point l’algorithme "live topics" pour Altavista,
qui, toujours à l’époque, était le moteur grand public le plus
utilisé), rappelons pour mémoire disais-je, qu’Exalead est l’unique
société française à faire partie du club très fermé des
"moteurs-milliardaires" (en taille d’index).
Mais revenons à cette fin annoncée de la guerre technologique.
Certes les moteurs, en tout cas les 3 à disposer des moyens nécessaires
(Yahoo, Google et Microsoft) sont bien dans une logique "produit"
visible notamment au travers de l’offre de leurs "barres d’outils" et
autres "desktop search".
Certes la logique des "applications recherche" est à la fusion et à la
concentration : pendant que Google réfléchit au développement d’un navigateur
pour fusionner l’affichage des résultats web et des dossiers personnels
– via google desktop – Microsoft travaille au développement de son
futur OS, – Longhorn – intégrant là encore les résultats de la
recherche MSN à la plupart des application dudit OS.
Certes si nous en sommes là c’est parce qu’ils ont tous franchi le pas,
Yahoo et Microsoft disposant désormais chacun de leur technologie de
recherche propriétaire et ne sous-traitant plus les résultats à
d’autres (Google à pendant longtemps fourni les résultats de la
recherche web pour yahoo, pendant que Microsoft sous-traitait de son
côté à Inktomi).
La guerre technologique est-elle pour autant terminée ?? De mon point de vue non.
La dernière phrase de l’entrevue de F. Bourdoncle contredit d’ailleurs le titre puisqu’il indique que "Dans le futur, il faudra comprendre ce que demande l’utilisateur chaque fois qu’il posera une question."
Or voilà bien un enjeu technologique. Il serait plus opportun
d’indiquer que les technologies dont on parle changeront peut-être de
nature pour davantage faire appel aux technologies venant des
industries de la langue et de la reconnaissance automatique de
caractère par exemple (voir plus bas).
Mais restons-en aux technologies de type "Ranking".
L’univers ("le marché" si l’on se place du point de vue des moteurs) de la recherche d’information est triple :
– nous avons d’abord le web, visible et invisible, et même s’il reste
beaucoup à faire pour rendre visible le web qui ne l’est pas, je ne
suis pas loin de partager le point de vue de F. Bourdoncle, pour qui,
de ce côté là, "Google est parfait." (encore que de nombreux et problématiques bugs subsistent)
– nous avons ensuite la recherche de type "desktop" sur nos propres disques durs.
L’utilisation de différentes solutions (copernic et google) montre que
les résultats d’indexation diffèrent grandement et peuvent être
améliorées surtout s’il s’agit d’offrir un même type d’accès à des
contenus aussi différents que des fichiers word et des messages mails.
– nous avons enfin la recherche dans les contenus numérisés. Google a annoncé et démarré un projet plus qu’ambitieux
qui vise à numériser le contenu de 15 millions d’ouvrages issus de
prestigieuses bibliothèques publiques et universitaires
outre-atlantique. Il semble peu probable que Yahoo et surtout Microsoft
laissent Google s’emparer sans rien dire de la totalité de ces fonds.
Avec cette numérisation ce sont précisément de nouveaux enjeux (et donc
de nouvelles guerres) technologiques qui vont apparaître : ces enjeux
seront notamment liés à l’OCR (Optical Character Recognition). Pour
faire simple (pardon aux spécialistes), soit on "scanne à la petite
semaine" le contenu des ouvrages et on ne dispose alors pas des
richesses d’une interrogation full-text sur des documents structurés,
soit on utilise des techniques (technologies) plus coûteuses et plus
longues (ce qui n’est pas le choix annoncé par Google) pour disposer de
cette indexation et des possibilités de recherche plus "fines", plus
"granulaires".
Dernier point enfin : que deviennent les technologies de Ranking quand
elles ne s’appliquent plus à des contenus web (dont la nature est
d’être inter-reliés grâce aux liens hypertextes) mais à des ouvrages
sur des rayonnages de bibliothèques ?
Et j’allais oublier les weblogs qui ont déjà fait la preuve de
bouleversement qu’ils pouvaient induire dans les principes de
classement traditionnellement utilisés par les moteurs … Alors non,
je ne crois pas que la guerre technologique des moteurs soit terminée.
Il y a même des chances que par certains côtés, elle ne fasse que
commencer.
OE
OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
urfistinfo (4 février 2005). La guerre technologique des moteurs n’est pas terminée. UrfistInfo. Consulté le 15 juillet 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/v44n

Bonjour
La guerre technologique n’est peut etre pas la seule chose pertinente.
J’en parle un peu ici: http://loran.blogspot.com
Cordialement